À la suite de l’annonce du gouvernement du Québec de fermer l’ensemble des commerces et services non essentiels du 25 mars au 13 avril 2020 (liste des services essentiels), nous avons identifié et analysé les effets potentiels que cela aura sur le marché de l’immobilier.

Chantiers de construction

Depuis un certain temps, les syndicats du milieu de la construction réclamaient la fermeture des chantiers de construction pour protéger les travailleurs. De leur côté, les associations patronales considéraient cela comme une mesure extrême.

Depuis l’annonce du 23 mars, tous les chantiers de construction du Québec ont été contraints de se plier aux ordonnances du gouvernement québécois et ont donc été suspendus.

L’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec a toutefois demandé au gouvernement de prévoir « un mécanisme pour les interventions d’urgence sur les infrastructures publiques » [1], telles que les travaux sur les routes, les viaducs, les égouts et les aqueducs ou même les rénovations, pour empêcher qu’un bâtiment ne soit à découvert et soumis aux intempéries.

Le gouvernement a donc autorisé certains travaux d’urgence afin d’assurer la sécurité du public. Les entreprises des secteurs suivants ont été désignées comme des services et activités prioritaires :

  • Firmes de construction pour réparation d’urgence ou pour fins de sécurité
  • Électriciens et plombiers, et autres corps de métiers pour des services d’urgence
  • Équipements de location

Le directeur général de la FTQ-Construction, Éric Boisjoli, et le président du Conseil provincial des métiers de la construction (CPMC-International), Michel Trépanier, considèrent que la décision du gouvernement permettra « aux parties patronales et syndicales de se parler pour que, lorsque les travaux vont reprendre, les mesures aient été discutées pour cesser de mettre en danger la vie des travailleurs » [2]. En d’autres termes, l’intention est que les ouvriers puissent continuer à travailler sur les chantiers durant la pandémie tout en ayant des directives sanitaires acceptables et améliorées quand les travaux reprendront.

L’interruption des travaux de construction engendrera bien sûr un retard dans les projets immobiliers, ce qui sera assimilé à un cas de force majeure. Les promoteurs n’auront d’autre choix que de redoubler d’efforts pour réduire ces retards dans la livraison des condominiums.

De plus, la situation deviendra encore plus délicate pour l’accès et la livraison des matériaux de construction ainsi que pour l’augmentation des coûts des matériaux et des services de sous-traitants. Cela obligera les promoteurs à revoir leurs budgets et leurs échéanciers afin de minimiser les dommages.

Les financements octroyés seront touchés par l’augmentation de ces budgets. Les institutions financières devront évaluer les effets de cette augmentation avec les emprunteurs afin de pouvoir poursuivre les travaux malgré les changements de coûts.

En entrevue, Andrew Lutfy, le propriétaire de Carbonleo, a avancé l’idée d’offrir des solutions alternatives aux entrepreneurs afin de diminuer les retards, comme réduire le temps d’obtention des permis auprès de la Ville [3]. Le gouvernement sera-t-il ouvert à cette possibilité ?

Quant aux bâtiments commerciaux, ils seront peut-être touchés davantage par une baisse des activités. En effet, selon les annonces du gouvernement, la suspension du paiement des loyers pourrait être une option. Par ailleurs, les procédures d’urgence sanitaire de télétravail mises en place par les entreprises auront certainement une incidence sur la demande de locaux commerciaux. Cela poussera des entreprises à évoluer vers une structure plus technologique et les amènera à se questionner sur la nécessité de location d’espaces commerciaux dans le cadre de leurs activités.

Transactions immobilières résidentielles

Bien que les visites de propriétés à vendre soient proscrites, les services notariaux sont considérés comme essentiels par le gouvernement. De plus, le Registre foncier du Québec demeure ouvert pour les publications. Les transactions immobilières peuvent donc continuer à avoir lieu.

Toutefois, en raison de l’arrêt des chantiers de construction, plusieurs familles qui ont vendu leur propriété vivent une grande incertitude puisqu’elles doivent trouver des solutions pour se reloger. Afin d’éviter que « certains acheteurs et vendeurs prennent des risques à l’encontre des directives gouvernementales, en se rencontrant tout de même pour effectuer une visite ou une transaction », l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (l’« OACIQ ») a demandé que le courtage immobilier soit ajouté à la liste des services essentiels. Cela permettrait les visites et les inspections d’immeubles.

Dans l’intervalle, même si les visites ou les inspections d’immeubles sont reportées, les courtiers peuvent tout de même conclure une transaction avec les outils technologiques à leur disposition. Les vendeurs ont aussi la possibilité de donner plus de détails sur les propriétés, voire même de prioriser les visites virtuelles.

Selon certains professionnels, la demande risque de rester stable, étant donné la réduction des taux d’intérêt et du faible niveau de propriétés disponibles sur le marché. Sans compter que les acheteurs potentiels auront beaucoup de temps libre pour magasiner les propriétés sur internet.

Il faut noter que le télétravail et le commerce en ligne sont permis en tout temps pour toutes les entreprises. Nous faisons d’ailleurs partie des entreprises qui ont été en mesure d’implanter rapidement le télétravail afin de pouvoir continuer à offrir nos services et conseils juridiques.

Par Mance Ménard St-Pierre


[1]« Fermeture des chantiers : pensez aux travaux d’urgence, disent les entrepreneurs » https://www.lesaffaires.com/

[2] « Fini l’angoisse sur les chantiers de construction », Denis VILLENEUVE, Le Quotidien, https://www.lavoixdelest.ca/

[3] « Une catastrophe de dimension biblique», Marie-Claude LORTIE, CHRONIQUE, https://www.lapresse.ca